Philippe Gammaire, journaliste, consultant en communication et formateur au CFPJ. J'ai créé UniversMedias parce que la révolution en cours sur le web est passionnante. Elle va influencer durablement les pratiques journalistiques et oblige l'ensemble des médias traditionnels à repenser leur contenu. J'essaie d'apporter ma pierre à l'édifice...
POILANT ET INTELLIGENT. Je lis le bouquin de Jean Véronis et Louis-Jean Calvet, "Combat Pour l'Elysée, paroles de prétendants". Un vrai régal pour tous ceux qui aiment les mots - j'en suis - et l'occasion de se replonger au plus fort de la crise du CPE. Surtout, peut-être, d'appréhender le sens de cette crise, à travers la sémantique du vocabulaire employé, tant par les manifestants que par les politiques ou les medias.
Les auteurs sont d'éminents linguistes de l'université d'Aix-en-Provence et ils ont perçu la crise du CPE comme une pièce de théâtre en cinq actes, avec ses acteurs, son drame, ses coulisses.
Le travail réalisé est considérable : recenser d'abord les mots de la rue. Ceux des étudiants qui ont "battu le pavé", "scandé" des slogans à partir de février 2006 et détourné le sigle cher à Dominique de Villepin...
Au fil des manifs, le CPE est ainsi devenu Contrat Précarité Exclusion, Contrat Première Embûche, Contrat Premières Emmerdes, etc. Pendant ce temps, à l'assemblée Bayrou et Montebourg hurlaient à la "crise de régime", et dénonçaient l'ambiance "fin de règne" tandis que même les parlementaires UMP (l'Union des Morts de Peur) avaient trouvé du sens à CPE, surnommé par eux "Comment Perdre les Elections". Qui s'en souvient ?
A propos des medias, Véronis et Calvet relèvent avec justesse que la crise du CPE a fonctionné comme un formidable anti-virus contre la grippe aviaire et le Chikungunya réunis (l'infame moustique réunionnais).
A l'époque, télés et journaux présentaient la grippe du poulet comme le fléau ultime, digne de l'apocalypse, la nouvelle peste qui allait déferler sur notre sol. Et que s'est-il passé ? Rien. Tombée aux oubliettes de l'info. Souvenez-vous : nous étions au bord de la psychose, tandis que les politiques - Villepin en tête - s'enfilaient du poulet devant les caméras... Prémonitoire ? Avec le CPE, D. de Villepin est monté sur ses ergots, dressant sa crête tel un coq de basse-cour. Au final, quoi ? il reste le dindon de la farce.