Philippe Gammaire, journaliste, consultant en communication et formateur au CFPJ. J'ai créé UniversMedias parce que la révolution en cours sur le web est passionnante. Elle va influencer durablement les pratiques journalistiques et oblige l'ensemble des médias traditionnels à repenser leur contenu. J'essaie d'apporter ma pierre à l'édifice...
Le projet "We Feel Fine", mené depuis 2005 par les new-yorkais Jonathan Harris et Sep Kanvar est plus qu'étonnant.
Il s'agit ni plus ni moins que de représenter, les millions de pensées et d'émotions humaines qui s'expriment chaque jour sur le web mondial, en particulier sur les blogs.
Un projet artistique humaniste à la base, mais fascinant et inquiétant comme souvent avec le web. Jonathan Harris (photo ci-dessous) se présente comme artiste, conteur et anthropologue de l'internet. En capturant les expressions du monde, il veut nous donner un aperçu de l'âme humaine sur internet.
Sep Kanvar, quant à lui, est issu de l'université de Stanford et travaille (j'allais dire logiquement) chez Google en tant qu' ingénieur.
UN NUAGE D'ÉMOTIONS HUMAINES
Fascinant parce que les auteurs du projet réussissent à capter tous les billets qui s'écrivent chaque jour sur la planète, sur la base des mots clés "I Feel" et I'm feeling".
Autrement dit tous les billets qui traduisent une émotion, un ressenti de la part de leurs auteurs. Le résultat, c'est une base de données qui regroupe des millions d'émotions humaines et s'accroit chaque jour de 15 à 20.000 pensées supplémentaires.
Une fois capté, ce flux de pensées et d'émotions rédigées sur les blogs, est retranscrit dans l'interface de "We Feel fine" sous la forme d'un nuage de particules multicolores, vibrionnant.
La couleur, la taille et l'opacité de chaque particule indique un sentiment émis une seule personne, et la nature de cette émotion.
Il suffit alors de pointer sa souris sur un point pour voir s'afficher la pensée émise en haut de l'écran.
Inquiétant aussi, parce que l'interface mise en place par les auteurs du projet "We feel fine", permet - comme sur un moteur de recherche - de sélectionner des catégories d'émotions à un instant "t" - douleur, peine, joie, amour, sentiment d'abandon, etc - selon le sexe, l'âge et la localisation géographique de leurs auteurs.
Et par là même de répondre à des questions du type :
"Les européens sont-ils plus souvent tristes que les américains ?" o
"Quelles sont les pensées les plus représentatives des femmes d'une vingtaine d'années habitant New-York"
"Qu'est-ce que les gens ressentent en ce moment précis à Bagdad ?"
...
On se dit qu'en perfectionnant l'outil on pourrait connaître à chaque instant quelles sont les grandes émotions humaines circulant sur le web, donc l'état d'esprit des populations à chaque instant. Effrayant, non ?
J'imagine déjà les applications marketing ou politiques d'un tel outil.
Reste que "We Feel fine" se veut un projet artistique dont chaque individu (ou plutôt chaque blogueur émetteur de sentiment) serait l'auteur.
Un baromètre permanent des émotions humaines.
"We hope it makes the world seem a little smaller, and we hope it helps people see beauty in the everyday ups and downs of life" : "Nous espérons qu'il fera paraître le monde un peu plus petit, et nous espérons qu'il aidera les gens à voir la beauté qui s'exprime à travers les hauts et les bas quotidiens de la vie", conclut jonathan Harris.
Louable et humaniste intention.
Mais les marchands du Temple ne vont-ils pas s'en emparer ?