Carlo Revelli, fondateur du média citoyen Agoravox, organise samedi 24 mars à Saint-Denis (à "L'usine") les premières "rencontres du 5e pouvoir". Mais au fait, ce cinquième pouvoir existe-t-il vraiment ? La journée sera consacrée au thème du journalisme citoyen et à l'influence des nouveaux médias sur la politique, en particulier sur la présidentielle qui se jouera en avril prochain. "En organisant un tel évènement, nous cherchons à montrer que votre avis et les médias citoyens en général ont un réel rôle à jouer au sein du débat citoyen", écrit Carlo Revelli dans sa présentation de la rencontre.
Un rôle, mais lequel ? Pouvoir d'influence ou pouvoir de nuisance ? Cette dernière question sera sans doute intéressante à poser, dans l'évaluation de ce qu'il est convenu d'appeler "journalisme" citoyen. Car les "scoops" les plus marquants des médias communautaires, ces derniers mois, sont pour l'essentiel des vidéos à scandales (Ségolène Royal à propos des professeurs, "l'affaire" Duhamel), des images volées. Le "journalisme" citoyen, se résume quant à lui à une énorme discussion sur le web : parti-pris, analyses, commentaires d'informations déjà publiées, prises de positions. Certes les discussions sont parfois (pas toujours) passionnantes. Et démontrent que les internautes ont le goût du débat, des convictions, le sens de la dialectique, parfois une très bonne plume. Pour autant - et c'est là toute l'ambiguité - ce n'est pas du journalisme. Journaliste, c'est tout simplement un métier à temps plein. Car il faut chercher l'info, la vérifier, interroger, recouper, enquêter, hiérarchiser... avant d'écrire. Un vrai boulôt, croyez-moi, qui prend un temps fou. Bien sûr, l'essor du "journalisme" citoyen sur le web se fonde très largement sur le discrédit, le conformisme des grands médias et de leurs journalistes. A cet égard, DanielSchneidermann dans sa dernière chronique hebdomadaire ("des médias sans journalisme", Libération du 2/03/07) relève que "les médias sont partout, le journalisme nulle part". Il évoque la leçon de journalisme donnée par Le canard enchaîné, à propos de l'ancien appartement du couple Sarkozy. Les autres médias ont suivi, à la queue-leu-leu. Et Schneidermann ajoute que "si le journalisme est en train de disparaître du paysage de cette campagne électorale, c'est (...) parce qu'il s'est renfermé sur une sorte de commentaire hippique permanent, seulement capable de regarder passer les sondages (...)". Or, que font les "journalistes" citoyens ? La même chose, à travers une posture plus engagée, plus vindicative. Faillite du journalisme politique d'un côté et reproduction de ses travers de l'autre. Ce cinquième pouvoir là a-t-il un avenir ? J'irais bien sûr à la journée de rencontre organisée par Agoravox pour me faire une idée.
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