Philippe Gammaire, journaliste, consultant en communication et formateur au CFPJ. J'ai créé UniversMedias parce que la révolution en cours sur le web est passionnante. Elle va influencer durablement les pratiques journalistiques et oblige l'ensemble des médias traditionnels à repenser leur contenu. J'essaie d'apporter ma pierre à l'édifice...
On en sait un peu plus sur les conditions de l'annonce officielle de la candidature Sarkozy dans la PQR. Il s'agit sans doute de l'épisode le plus visible de la Sarkomanie des patrons de presse en France.
C'est Le syndicat national des journalistes qui a soulevé le lièvre : "Pour recueillir ce « scoop », le Syndicat de la Presse Quotidienne Régionale (SPQR) a délégué six journalistes reçus mercredi matin au siège de l’UMP pour une interview qui, selon l’AFP, devait être ensuite relue place Beauvau". C'est donc l'organisation patronale de la presse, confirme son président Michel Comboul (également pdg de Nice-Matin) qui a accepté la proposition faite par Nicolas Sarkozy, lequel voyait les choses en grand le concernant.
Le président de l'UMP, ministre de l'intérieur et désormais candidat à la présidence de la République aurait pu tout aussi bien envoyer un publi-reportage par fax ou par e-mail. Mais non, il lui fallait donner une forme de "crédibilité" en se faisant interviewer par six journalistes, au siège de l'UMP.
Une fois l'entretien rédigé et dûment approuvé par les services de Nicolas Sarkozy, l'opération consistait ensuite à fournir l'article aux quotidiens régionaux qui le souhaitaient.
Le journal Sud Ouest a, pour sa part, décidé de ne pas passer l'interview : "Aussi bien pour protester auprès du SPQR sur la façon de procéder que par principe: on ne passe pas une interview qu'on n'a pas recueillie", a indiqué Bruno Dive, éditorialiste au quotidien bordelais. Saine réaction. De son côté le Télégramme a indiqué qu'il ne passerait pas l'interview "tel quel".
Pour le SNJ, il s'agit ni plus ni moins que d'une "grossière opération de com" en faveur du ministre-candidat.
"Que des journalistes se soient prêtés, sur injonction patronale au plus haut niveau, à cette opération en dit long sur l'état de la presse en France." Elle est "de plus en plus ouvertement servile, surtout vis-à-vis des politiciens de droite". Ainsi, "les atteintes à la crédibilité de l'information viennent de franchir une nouvelle étape", conclut le SNJ cité par le Nouvel Obs.