Philippe Gammaire, journaliste, consultant en communication et formateur au CFPJ. J'ai créé UniversMedias parce que la révolution en cours sur le web est passionnante. Elle va influencer durablement les pratiques journalistiques et oblige l'ensemble des médias traditionnels à repenser leur contenu. J'essaie d'apporter ma pierre à l'édifice...
Avec la menace d'une grève lundi 4 décembre prochain, l'issue du bras de fer qui s'engage entre syndicats et direction de Libération sera décisive pour la survie du titre. Un jeu à quitte ou double...
L'histoire s'accélère à Libération. Depuis la rentrée de septembre dernier, chaque semaine apporte son lot de rebondissements, parfois inattendus comme l'irruption des plans Plenel I et II, l'arrivée de Laurent Joffrin aux commandes du titre, une polémique avec le Nouvel Obs... Les réunions de conseil d'administration ou de comité d'entreprise, les assemblées générales, les votes de salariés se succèdent à un rythme effréné. Faut suivre. C'est un peu l'état d'urgence qui prévaut à Libé, et la pression monte en raison d'échéances financières proches. La semaine dernière, l'actionnaire majoritaire Edouard de Rotschild, avait finalement réussi à imposer ses conditions au sauvetage du titre : imposer Laurent Joffrin, mise en oeuvre d'un plan social, suppression du droit de veto accordé à la SCPL (société civile des personnels de Libération). Depuis hier, les syndicats appuyés par un vote des salariés ont décidé de faire monter la pression d'un cran : ils ont déposé un préavis de grèvede cinq jours. Le temps d'une négociation-marathon sur les conditions et le nombre de départ. Le projet prévoit la suppression de 76 postes sur 276, dont 63 à la rédaction et 13 dans les autres services.
Un jeu délicat, à quitte ou double : en cas d'échec de ces négociations, le journal ne paraîtrait pas et c'est le plus sûr moyen de couler définitivement le titre.
L'ENGUEULADE DES LECTEURS
"(...) C'est maintenant à la direction de se montrer raisonnable: est-elle prête à prendre le risque d'aller au redressement judiciaire?", s'interroge François Wenz-Dumas, délégué SNJ (syndicat national des journalistes) cité par l'AFP.
Sur le site de Libé, les commentaires des lecteurs sont étonnants, pour un journal dit "de gauche". On frise l'engueulade : "vous vous suicidez", "Pas la solution, "incompréhension", "ça va pas non ?", "Pour quoi faire ?", "Terrible", etc. L'un d'eux relève quand même sa "stupéfaction devant la réaction de lecteurs qui pensent que les intérêts des travailleurs et ceux des patrons sont les mêmes. Je vous l'ai écrit il y a une dizaine de jours : la spécialité de Joffrin depuis 25 ans, c'est le licenciement. Comment avez-vous pu lui accorder 60% de vos suffrages?". S'il souhaite "bonne chance" aux salariés, il indique aussi qu'il a cessé de lire Libé depuis des années. Tout est là pour expliquer cette crise : les lecteurs "de gauche" ont depuis longtemps quitté le navire.