Philippe Gammaire, journaliste, consultant en communication et formateur au CFPJ. J'ai créé UniversMedias parce que la révolution en cours sur le web est passionnante. Elle va influencer durablement les pratiques journalistiques et oblige l'ensemble des médias traditionnels à repenser leur contenu. J'essaie d'apporter ma pierre à l'édifice...
J'assistais hier après-midi à la leçon inaugurale du CFJ (Centre de formation des journalistes), rue du Louvre à Paris.
De manière très symbolique, la première conférence proposée à la cinquantaine d'étudiants en journalisme a porté sur la mutation du métier de journaliste, face aux nouveaux médias. Intéressant face-à-face entre un journaliste, Francis Pisani (Transnets), réputé pour sa connaissance des nouvelles technologies et des étudiants paradoxalement beaucoup moins technophiles que lui (aucun d'entre eux ne connait par exemple l'usage des flux RSS)
Je ne vais pas en retracer le compte-rendu, Emmanuel l'a déjà excellemment fait.
Simplement, une remarque générale : il est heureux que les premiers mots de cette formation qui va durer deux ans, aient été consacrés à la mutation des médias, et à celle - très profonde - du métier de journaliste.
UN MEDIATEUR DE CONVERSATIONS
Francis Pisani les a mis sur la piste : le journaliste de demain sera un "médiateur de conversations". Une définition qui en a heurté quelques uns au premier abord.
Un médiateur "humble", qui plus est. Le journaliste doit désormais accepter, comme le dit Dan Gillmor cité hier par Pisani, que ses lecteurs en savent toujours plus que lui.
Bref, un nouveau rapport à l'audience, qu'il faut encore inventer.
J'ai aussi appris quelque chose hier, à propos de la sacro-sainte objectivité que sont censés détenir les journalistes. "Savez-vous d'où vient le concept d'objectivité dans la presse ?" a interrogé Francis Pisani.
C'est une notion inventée au XIXe siècle aux Etats-Unis... pour gagner des parts de marché. Un journal engagé, s'est demandé comment gagner de nouveaux lecteurs. L'idée qui a émergé de cette réflexion, c'est que sur un sujet donné toutes les parties prenantes doivent pouvoir s'exprimer...
Etonnant, non ?
MISE A JOUR (20/10), À PROPOS DE L'ORIGINE DE L'OBJECTIVITÉ :
J'ai trouvé les quelques lignes qui suivent sur l'origine de la notion d'objectivité dans la presse. J'ai quelque peu taillé dans le texte pour arriver plus vite à l'essentiel, mais vous pouvez en retrouver l'intégralité sur cette page.
"Aux États-Unis, le concept d'une presse informative, sérieuse et crédible est apparu très tard dans l'évolution de la société.
Vers le milieu du XIXe siècle, la presse a progressivement changé de rôle, passant essentiellement d'un outil au service de l'élite politique à un support d'information du grand public (...)
Naissance de la penny press (la presse à deux sous), une presse sauvage, concurrentielle, recherchant le sensationnel et n'hésitant pas à partir en croisade au nom de Monsieur tout le monde - c'est-à-dire l'acheteur du journal. Les journaux poussent comme des champignons, les tirages augmentent et les propriétaires s'enrichissent.
Au milieu de toute cette frénésie, la presse américaine commençe à accorder une certaine valeur à l'information proprement dite. Le terme « objectivité » entre dans le vocabulaire du journalisme.
Ce développement est causé principalement par des raisons commerciales et des changements technologiques.
1) Pendant la guerre de Sécession, le public voulait surtout savoir ce qui se passait sur les champs de bataille et dans les coulisses du pouvoir - plutôt que connaître les états d'âme des correspondants.
2) A la même époque le télégraphe apparait, dont l'utilisation nécessite une qualité pratiquement inconnue alors dans la presse : la concision, s'en tenir aux faits.
Le télégraphe facilite l'apparition et le développement de services d'information par câble que l'on connaît mieux sous le nom d'agences de presse.
Des organismes tels que l'Associated Press (AP) sont alors constitués pour centraliser et disséminer les nouvelles, au service des journaux qui ne pouvaient entretenir des correspondants dans des lieux éloignés.
Afin de pouvoir servir des publications très diverses (de gauche, de droite et du centre), AP ne devait pas prendre de positions politiques ou idéologiques. Cette organisation se contenta donc de communiquer les faits aussi bien et aussi vite que possible, sans faire de politique.
Ce qui commença comme une nécessité commerciale se transforma ensuite en une norme d'honnêteté morale. Mais les intérêts commerciaux prédominaient toujours (...)."
Bonjour ! Etudiante en journalisme, j'ai découvert votre site la semaine dernière et je le trouve très intéressant. En ce qui concerne l'objectivité du journaliste, c'est le sujet que j'avais choisi pour rédiger un mémoire il y a deux ans... mais je ne connaissais pas l'origine de cette notion. On en apprend tous les jours ! Merci au fait d'avoir proposé un widget, que je me suis empressée de l'intégrer sur mon blog. Et bonne continuation...
Maude ML
Maude ML (Non inscrit) • 2007-10-19 12:30:12
No.2 re:bonjour
Bonjour Maude, merci pour votre témoignage. Moi aussi j'ai découvert seulement hier l'origine de cette notion d'objectivité de la presse... Votre blog est très réussi (et je ne dis pas ça à cause du widget). A vous lire, à bientôt
Phil (Non inscrit) • 2007-10-19 13:11:41
No.3 CFJ
"aucun d'entre eux ne connaît l'usage des flux RSS": c'est une exagération bien sûr, je peux en témoigner en tant qu'étudiant du CFJ...
Cid (Non inscrit) • 2007-10-21 14:15:10
No.4 CFJ
Dont acte, cher CID. Admettez quand même que les mains ne se sont pas levées franchement et massivement quand Francis Pisani a posé la question des flux... Pour ma part je n'en ai vu aucune, mais j'ai du mal regarder.